Le soir tombe, la tente sort du sac, et une question revient toujours : a-t-on le droit de dormir ici ? En France, il n’existe pas une règle du bivouac, mais plusieurs couches qui s’additionnent : le code de l’urbanisme, la commune, le propriétaire du terrain, le statut du lieu (parc national, réserve naturelle, forêt) et, l’été, le risque d’incendie.
L’essentiel : le bivouac, c’est une seule nuit, une petite tente montée le soir et démontée le matin. Hors espaces protégés, il est possible là où rien ne l’interdit et avec l’accord de celui qui a la jouissance du terrain. Dans les parcs nationaux, chaque parc fixe ses horaires et ses lieux : autorisé sous conditions en Vanoise, dans les Écrins, le Mercantour, les Pyrénées, les Cévennes et le Parc national de forêts, interdit dans les Calanques et à Port-Cros.

Bivouac ou camping sauvage : où passe la limite
Les deux mots ne désignent pas la même chose, et les espaces protégés les traitent différemment. Le Parc national des Écrins en donne une définition nette dans son arrêté de 2026 : le bivouac est une installation légère et temporaire pour passer une nuit en plein air, éventuellement sous une petite tente où l’on ne tient pas debout. Il se distingue du campement par son caractère itinérant, sa durée limitée à une seule nuit au même endroit et une installation uniquement nocturne. Une tente laissée en place en journée, du matériel installé durablement ou une occupation prolongée, c’est du campement.
Le Parc national du Mercantour dit la même chose autrement : le camping se reconnaît à plusieurs nuits au même endroit, sans démonter la tente ou l’abri dans la journée. D’où une conséquence pratique que les parcs rappellent : dormir dans un camping-car, une caravane ou une tente de toit n’est pas un bivouac, même si le véhicule change de place chaque soir.
Hors des espaces protégés, le bivouac n’a pas de règle propre. Interrogé par un député sur le campement en montagne, le ministère de la Transition écologique a répondu, au Journal officiel du 25 février 2020, qu’il n’existe pas de règle générale en la matière : l’activité relève des règles générales du camping du code de l’urbanisme (article R111-32), et des règles particulières des espaces protégés là où il y en a. Ces règles générales posent un principe de liberté : le camping se pratique librement hors des routes et voies publiques, avec l’accord de celui qui a la jouissance du sol, sous réserve de l’opposition éventuelle du propriétaire.
Hors des parcs : les lieux où la tente est interdite
Cette liberté connaît des exceptions. L’article R111-33 du code de l’urbanisme interdit le camping pratiqué hors des terrains aménagés, sauf dérogation, dans plusieurs types de lieux. Le ministère de l’Économie les détaille sur sa page consacrée aux terrains de camping :
- les rivages de la mer ;
- les sites inscrits et les sites classés ou en instance de classement ;
- les sites patrimoniaux remarquables classés et les abords des monuments historiques ;
- un rayon de 200 mètres autour des points d’eau captée pour la consommation.
À cela s’ajoutent les règles locales. Le plan local d’urbanisme peut interdire le camping hors terrains aménagés dans certaines zones, et le maire peut le faire par arrêté, notamment pour la salubrité, la sécurité, les paysages ou les activités agricoles et forestières (article R111-34). Le Parc national de la Vanoise le rappelle aux randonneurs : le bivouac est aussi réglementé par les communes, et il faut se renseigner avant de partir. Enfin, sur un terrain privé, l’accord du propriétaire ou de celui qui exploite le terrain reste la condition de base.
Sur le terrain, ces interdictions se traduisent par des panneaux ou par les fiches des offices de tourisme. Nos fiches d’itinéraires les signalent quand elles existent, de la randonnée à Bonifacio aux boucles des Alpes mancelles.
Parc national par parc national : les règles du cœur
Dans un parc national, la réglementation propre au parc s’applique dans son cœur. Chaque parc a ses propres textes : un décret de création, une charte et des arrêtés de son directeur. Dans la plupart des décrets, le campement est interdit sauf autorisation, tandis que le bivouac est réglementé par le directeur de chaque parc, selon ses enjeux, comme l’a résumé la réponse ministérielle de 2020. Le tableau ci-dessous reprend les règles publiées par chacun des huit parcs nationaux de l’Hexagone.
| Parc national | Bivouac en cœur de parc | Horaires | Principales conditions | Feu et réchaud |
|---|---|---|---|---|
| Vanoise | Autorisé seulement aux abords de certains refuges, en période de gardiennage | 19 h – 8 h | Réservation obligatoire auprès du refuge, tente légère où l’on ne tient pas debout, tente démontée chaque matin | Feu interdit, réchaud portatif autorisé |
| Écrins | Autorisé (arrêté du 16 juin 2026) | Après 19 h, avant 9 h | Une nuit par site, petite tente, à plus d’une heure de marche des limites du cœur et des parkings et routes (sauf Pré de la Chaumette et abords du refuge de l’Olan) ; interdit à moins de 500 m des lacs du Lauvitel et de la Muzelle hors zones signalées | Réchaud à gaz seul, tout autre feu interdit |
| Mercantour | Autorisé | 19 h – 9 h | À plus d’une heure de marche des limites du cœur ou du dernier accès routier ; dans la zone des gravures des Merveilles et de Fontanalba, seulement sur les aires près des deux refuges | Feu interdit, réchaud autonome autorisé selon les arrêtés préfectoraux |
| Pyrénées | Autorisé | 19 h – 9 h | À plus d’une heure de marche des limites du cœur ou de tout accès motorisé ; aires de bivouac autour de certains refuges | Feu interdit |
| Cévennes | Autorisé sur certains secteurs | Présence entre 19 h et 9 h | Non motorisé, à 50 m au plus de part et d’autre des GR et GRP, sans tente ou sous tente légère, une nuit ; certains tronçons sont interdits | Feu interdit ; réchaud à plus de 200 m des bois et si les arrêtés préfectoraux le permettent |
| Forêts | Autorisé près des voies et sentiers | Proches du coucher et du lever du soleil (1 h avant ou après) | Tente de faibles dimensions ; camping interdit hors propriétés privées ou encloses | Feu interdit hors équipements prévus, réchaud toléré selon les arrêtés préfectoraux |
| Calanques | Interdit toute l’année | — | Interdit par tout moyen (belle étoile, tente, véhicule), y compris aux abords des routes qui traversent le cœur | Feu, cigarette et réchaud à gaz interdits |
| Port-Cros | Interdit | — | Pas de camping ni de bivouac sur les îles de Port-Cros et de Porquerolles | Feu et cigarette interdits hors du village |
Les parcs nationaux d’outre-mer (Guadeloupe, La Réunion, Guyane) ont leur propre réglementation : elle n’est pas reprise ici.
Écrins : de nouvelles règles depuis juin 2026
Le Parc national des Écrins a remplacé son arrêté de 2014 par l’arrêté n° 148/2026 du 16 juin 2026, rectifié le 6 juillet 2026. Le parc y relève que le nombre de tentes a doublé entre 2021 et 2025 sur plusieurs sites de référence, avec du piétinement, des déchets, des feux et de la vaisselle faite dans les milieux aquatiques. Le bivouac reste autorisé à des conditions cumulées : installation après 19 h et démontage avant 9 h (sauf intempéries qui mettent les randonneurs en danger), une petite tente, une seule nuit au même endroit, plus d’une heure de marche depuis les limites du cœur et depuis les parkings et routes situés dans le cœur.
Deux sites font exception à la règle de l’heure de marche : le Pré de la Chaumette, à Champoléon, et les abords du refuge de l’Olan, à La Chapelle-en-Valgaudemar. Le bivouac est en revanche interdit dans les sites fragiles signalés sur le terrain (zones de tranquillité de la faune, zones humides, rives de lacs), sur les routes, parkings et zones de dépose d’hélicoptère, et à moins de 500 mètres des lacs du Lauvitel et de la Muzelle, en dehors des zones délimitées par des panneaux. Toute nuit sur un parking, une route ou une piste du cœur est interdite, y compris dans un véhicule. Le directeur peut en outre fixer des quotas de tentes par site ou une réservation préalable.

Vanoise : on réserve son emplacement au refuge
La Vanoise fonctionne autrement : pas de bivouac en pleine nature dans le cœur, mais des aires aux abords de certains refuges, en été et pendant la période de gardiennage. La page du parc sur le bivouac liste les refuges concernés ; deux d’entre eux, le Col de la Vanoise et Péclet-Polset, n’en accueillent pas. La réservation se fait sur le site du refuge et elle est obligatoire. Elle est payante : elle donne accès aux sanitaires, à la salle hors-sac et à l’eau potable. Sans réservation, si l’aire est pleine, le gardien vous renvoie vers une zone hors du cœur ou vers le refuge suivant. Planter sa tente à côté de l’aire expose à une amende de 68 €, indique le parc.
Mercantour, Pyrénées, Cévennes, Forêts : l’heure de marche et les horaires
Le Mercantour et les Pyrénées appliquent une règle proche : bivouac entre 19 h et 9 h, à plus d’une heure de marche des limites du cœur ou de la route, et camping interdit. Dans la vallée des Merveilles, la réglementation du Mercantour interdit le bivouac sur toute la zone des gravures, sauf sur les aires aménagées à côté du refuge des Merveilles et du refuge de Fontanalba. Le refuge des Merveilles propose aux bivouaqueurs de réserver un dîner, un petit déjeuner ou un pique-nique par e-mail.

Les Cévennes ne raisonnent pas en heure de marche mais en itinéraire : le bivouac n’y est permis qu’à 50 mètres au plus de part et d’autre des GR et GRP, pour des randonneurs non motorisés, présents entre 19 h et 9 h, et pour une nuit. Le parc publie une carte des tronçons où il reste interdit, autour du lac des Pises, du sommet de l’Aigoual ou sur le tour du Méjean notamment. Dans le Parc national de forêts, la tente de faibles dimensions est admise près des voies et sentiers, à des horaires proches du coucher et du lever du soleil.
Calanques et Port-Cros : pas de bivouac du tout
Sur le littoral méditerranéen, les deux parcs nationaux interdisent le bivouac. Dans les Calanques, l’interdiction vaut toute l’année et par tout moyen : à la belle étoile, sous tente, dans un véhicule ou un autre abri mobile, y compris le long des routes qui traversent le cœur, comme la D559 entre Marseille et Cassis ou la D141 entre Cassis et La Ciotat. Le parc y interdit aussi le feu, la cigarette et le réchaud à gaz, et annonce des amendes de 68 € pour le bivouac et de 135 € pour l’usage du feu, par personne. À Port-Cros et à Porquerolles, la règle tient en une ligne : pas de camping ni de bivouac.

Réserves naturelles et forêts : d’autres textes
Une réserve naturelle a son propre décret de classement, qui règle le campement et le bivouac. Celui de la réserve naturelle des Hauts-Plateaux du Vercors, par exemple (décret du 27 février 1985), interdit le campement sous tente, dans un véhicule ou tout autre abri, et prévoit que le bivouac peut y être autorisé par le préfet. Le même décret interdit d’allumer du feu, sauf pour les besoins domestiques des bergers, des forestiers et des usagers des refuges. Avant de bivouaquer dans une réserve, cherchez donc son règlement, souvent publié par son gestionnaire.
En forêt, tout dépend du statut et du gestionnaire. L’Office national des forêts indique par exemple que le bivouac est interdit dans toutes les forêts domaniales d’Île-de-France, que le camping y est formellement interdit, et que la règle varie ailleurs selon la forêt, sa fréquentation et ses enjeux écologiques. Le feu, lui, est encadré partout : l’article L131-1 du code forestier interdit d’allumer un feu de camp, un barbecue ou même une cigarette dans les bois et jusqu’à 200 mètres d’eux, toute l’année, rappelle l’ONF, sous peine d’une amende de 135 €.
Le feu et le risque d’incendie
Le feu de camp est interdit dans le cœur de tous les parcs nationaux cités plus haut. Le réchaud reste admis dans la plupart d’entre eux, mais pas dans les Calanques, et toujours sous réserve des arrêtés préfectoraux contre les incendies. Ces arrêtés changent selon le département et la saison : en période de danger, une préfecture peut restreindre l’usage du feu ou l’accès aux massifs.
Pour savoir où en est le danger, Météo-France publie l’été la Météo des forêts : une carte par département, chaque jour à 17 h, pour le lendemain et le surlendemain, sur quatre niveaux (faible, modéré, élevé, très élevé). En 2026, elle a été diffusée du 28 mai au 30 septembre. Elle ne dit rien des restrictions d’accès : Météo-France renvoie pour cela vers le site de la préfecture du département.
Bivouaquer sans laisser de trace
Les parcs justifient leurs règles par les dégâts constatés : sols piétinés, déchets, faune dérangée, eaux salies. Quelques gestes tirés de leurs consignes suffisent à ne pas en ajouter.
- Montez la tente le soir et repliez-la le matin, aux horaires du lieu, même si vous restez plusieurs jours dans le secteur.
- Une petite tente, une nuit au même endroit, sans aménager le sol.
- Pas de feu ; un réchaud seulement là où il est permis.
- Eaux de vaisselle et de toilette à plus de 50 mètres des lacs, cours d’eau et zones humides, comme l’exige le Parc national des Écrins.
- Redescendez vos déchets : les refuges de la Vanoise ne collectent pas ceux des randonneurs.
- Laissez le chien à la maison pour les cœurs du Mercantour et des Pyrénées, où il est interdit même tenu en laisse.
- Aux abords d’un refuge, réservez et passez saluer le gardien : il connaît les emplacements et la météo.
Le bivouac demande un sac plus chargé qu’une sortie à la journée : tente, couchage, réchaud et eau en plus. Pour partir du bon pied, voyez d’abord ce que l’on met dans un sac de randonnée à la journée, puis ajoutez le matériel de nuit. Si vous préférez une douche et un emplacement réservé, nos conseils pour choisir un camping qui accueille les randonneurs prennent le relais. Et pour marcher plusieurs jours hors des parcs nationaux, la vallée du Buëch, entre Alpes et Provence, se parcourt aussi en itinérance.
La rédaction de Rando Camp
Crédits photos
- Nuno Alves, Camping in Ecrins, CC BY-SA 4.0
- Ylliab Photo, Lac de la Muzelle – Oisans, CC BY 2.0
- Eebie, Vallée des Merveilles, lac supérieur, CC BY-SA 4.0
- kallerna, En-Vau calanque 1, CC BY-SA 4.0